Quel juste prix pour une bouteille de vin ?

"Si ça titre plus que 12° et qu'c'est pas cher c'est tout bon !"

Combien dépenseriez-vous pour une bouteille de vin ? 235.000 dollars pour un Lafite Rohshild de 1869, comme récemment lors d’une vente de Sotheby’s ? Plus raisonnablement, vous vous dites que le prix moyen d’une bouteille de vin, achetée chez le caviste, oscille entre 5 et 10 euros (catégories Premium et Super Premium)… Si oui, vous ne faites déjà plus partie de la moyenne des Français, qui dépenseraient seulement 2,38 euros en moyenne pour une bouteille

Et à ce prix, qu’est-ce qu’on obtient pour une bouteille, peut-on avoir un produit de qualité ? Et le vigneron, peut-il produire à ce prix ? La réponse est évidemment non. Essayons d’expliquer pourquoi en nous intéressant aux coûts de production du vin, en partant du raisin jusqu’au verre.

Fort rendement, vente en vrac : le prix de la médiocrité :

Pour un vin générique, en Europe ou dans les pays du nouveau monde, le coût de production à l’hectare est d’environ 4.500 euros. La main d’œuvre représente 40 % des coûts de production environ. Le coût à la bouteille va donc dépendre du rendement, influençant pour une grande partie la qualité du raisin, donc du vin. Une production irriguée ou à fort rendement (150 hL /ha), reviendra à 20 centimes la bouteille seulement. Un vin de table, ou un vin de pays à fort rendement (90 hL /ha) sera à 50 centimes par bouteille.

Selon les chiffres moyens de la profession, pour les vins « commerciaux » et vin de table (les futurs vins de France), il faut compter au minimum de 10 à 20 euros pour vinifier 100 litres de vin, soit moins de 15 cents par bouteille. Il faut doubler cette somme pour obtenir un vin de qualité convenable. Enfin l’élevage en barrique revient environ à 1 euro par bouteille en plus des autres coûts.

C’est bien souvent à ce niveau de prix, ou à peine plus cher, que le négoce va acheter aux producteurs leur vin, en vrac, avant de passer au conditionnement. Et la vente en vrac ne concerne pas seulement les appellations ayant du mal à se faire un nom, mais également les plus grandes, comme en témoigne la dernière campagne à Bordeaux où plus de la moitié du vin commercialisé est vendue de cette manière.

Le conditionnement, quant à lui, va représenter une part non négligeable des coûts des vins de base, et même des vins de qualité. En effet, il faut compter de 15 cents à 1 euro pour chaque bouteille, et à peu près la même chose pour le bouchon, puis l’étiquette. La qualité des matériaux va ici jouer un rôle primordial. En resserrant les marges, on peut arriver, à produire une bouteille prête à consommer pour un peu moins de 1 euro, auquel s’ajoute l’emballage en carton et les frais de transport.

Vous pouvez donc trouver au final, sur les rayonnages d’un supermarché, un vin qui aura coûté à produire un peu moins d’1,50 euros. Le distributeur final s’y retrouvera en la revendant 2,4 euros TTC. Mais à ce prix, vous pouvez faire une croix sur la qualité, et sur la rémunération du producteur, sauf s’il possède des centaines d’hectares !

Travail de précision, limitation des volumes : là où commence la qualité

Pour commencer, et ce n’est plus un secret, le rendement est un des facteurs primordiaux de l’expression de la qualité d’un terroir. C’est pourquoi il est difficile de faire un vin doté d’une réelle personnalité au-dessus de 50 hL par hectare. Si le vigneron travaille de façon biologique, ou en biodynamie, il atteindra bien souvent des rendements deux fois plus faibles. Au final, le coût de production d’un raisin de bonne qualité est donc d’au mois 1 euro par bouteille.

Ensuite, viennent l’application à faire le vin, les conseils d’œnologues, le temps d’élevage des bouteilles, qui augmentent le prix. Enfin, le choix des matériaux de conditionnement de qualité, pour la mise en bouteille, viennent encore augmenter le prix de production. On se retrouve au bas mot, pour un vin de terroir, à 4 euros de coût juste pour produire une bouteille ! Chaque vigneron va évidemment proposer une gamme en fonction de la valorisation possible de ses terroirs, et réduire les coûts sur les moins qualitatifs pour pouvoir concentrer ses efforts (et les valoriser auprès du client final) sur les meilleurs. Ceci explique pourquoi il est difficile de trouver un vin de vigneron cherchant à la fois à exprimer son terroir (ou donner un style à son vin) et gagner sa vie honorablement, en dessous de 6 euros TTC prix domaine, et plus pour les belles cuvées produites en faible quantité.

De la bouteille au verre : intermédiaires et rareté

Du vigneron au client final, la bouteille va encore passer entre les mains de différents intermédiaires, ayant pour conséquence d’augmenter le prix final, auquel il convient d’ajouter, in fine, la TVA. La renommée, la qualité du vin par rapport ses pairs, l’engouement des guides et des clients, la rareté des bouteilles par rapport à la demande viennent progressivement augmenter les prix des bouteilles, comme nous l’avions déjà abordé dans un précédent billet.

Oenologue et Ingénieur agronome de formation, expert de la dégustation, j'ai créé l'école de dégustation Oenovino. Ce blog est une façon de partager avec un peu d'humour et de légèreté des informations sur le vin et la dégustation. Bienvenue à vous !

Vous aimerez certainement :

2 comments
  1. […] Certes, cette nouvelle hiérarchie peut paraître moins séduisante et plus prosaïque que l’ancienne, mais elle a le mérite d’être le reflet de la consommation des vins d’aujourd’hui. Elle permet d’englober un nombre toujours croissant de styles de vins différents (terroir ou cépage, naturel ou technologique, rustique ou moderne, à boire jeune ou à conserver…). Reste à chaque producteur de vin de faire le vin qui lui plaît, et de cerner le créneau de marché le plus approprié à son style de produit et ses coûts de production. Plus facile à dire qu’à faire… Et pas beaucoup plus clair pour le néophyte cherchant un bon vin à moins de 10 euros. […]

  2. […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Oenos et J'aime le liege, JuL. JuL a dit: Quel juste prix pour une bouteille de vin ? | Oenovino, le Blog : http://wik.io/JXa2q […]

Les commentaires sont clos.