Du côté de Malagar… une œuvre nourrie de la vigne

F. Mauriac avec famille et amis.
François Mauriac entouré de ses proches dans son domaine de Malagar (©Luce Leray)

«Langon, le 1er octobre 1873. Mercredi. J’arrive à Malagar. Vendanges sont faites. Nous venons d’y passer deux jours. (…) Le vendangeur armé de ciseaux coupe le raisin et en remplit son panier dont il verse le contenu dans une comporte. Le bouvier vient avec sa charrette prendre les comportes pleines. La machine à fouler est installée au-dessus de la cuve, et le raisin écrasé entre les deux cylindres de la machine tombe dans une cuve. Le soir venu, les hommes, les jambes et les pieds nus, passent sur la vendange dans laquelle ils s’enfoncent plus ou moins suivant le degré de fermentation. Une nuée de petites mouches mycroscopiques (sic) s’envolent ; le jus de raisin bout avec un petit bruit, en dégageant de l’acide carbonique et une odeur agréable et pénétrante. ». Ces mots ont été écrits par Jean-Paul Mauriac, père de l’écrivain François Mauriac, un soir d’automne à Malagar.

Malagar ?

es vignes de Malagar
« Tant pis ! J’oserai dire ce que je pense : paysage le plus beau du monde, à mes yeux... » (Journal II).

Malagar est un Domaine viticole situé à Saint-Maixant, dans le Bordelais. Propriété de la famille Mauriac depuis le 18 septembre 1843, Malagar n’a cessé d’inspirer François. Il faut dire que ce site, qui domine la vallée de la Garonne, la ville de Langon et la forêt des Landes, est vraiment exceptionnel. Comme l’atteste François Mauriac lui-même : « Tant pis ! J’oserai dire ce que je pense : paysage le plus beau du monde, à mes yeux… » (Journal II).

Tellement exceptionnel que l’œuvre entière de François Mauriac est remplie d’allusions aux vins de cette région viticole.

Comme par exemple, le Sauternes. Vous apprendrez que si le Sauternes est une boisson d’« une mortelle douceur » (Génitrix), c’est aussi un vin qui tire sa gaieté des paysages riants de « la Garonne heureuse ». Vous découvrirez également, au fil des pages de l’écrivain bordelais, que les vignobles dont le Sauternes provient, se logent dans une « vallée brûlante où le soleil est réellement présent dans chaque grain de chaque grappe » (Le Baiser au lépreux), et que la nuit, « les vignes de Sauternes (sont) vouées à l’enchantement de la lune » (Journal).

Le Domaine de Malagar, composé d’une maison de maître enserrée par deux chais, un bâtiment de ferme prolongé par deux auvents, un parc de quatre hectares et un vignoble de quatorze hectares, se visite. Une bien charmante occasion de découvrir ou redécouvrir un écrivain français et son œuvre, mais aussi la terre et l’atmosphère dont s’est nourrie son œuvre.

Sophie Surrullo (*)

 

(*) sauf légendes des photos, laissées à l’initiative de la rédaction