Champagne : plus qu’une boisson, un mythe

la bodeguita del medio
Hernest Hemingway aimait le Champagne, mais pas que... (Klaus Dietrich 1940-2002)

Avec ses bulles effervescentes, le champagne est donc de toutes les fêtes, de tous les événements importants, de toutes les victoires sportives que l’on célèbre. Dans la vraie vie et dans la fiction. Après Voltaire, Balzac et Colette, on le retrouve aujourd’hui chez les frères Goncourt, Tchekhov et Hemingway.

Dans le Journal des Goncourt, l’un des frères relate un souvenir d’enfance. Il est, avec sa mère, dans une salle d’auberge lors d’un voyage : « Devant moi qu’on tenait sur les genoux, un monsieur demanda une bouteille de champagne, une plume et de l’encre. J’ai longtemps pensé que l’homme de lettres était cela: un monsieur en voyage, écrivant sur une table d’auberge en buvant du champagne ».

Buveur éclectique, Anton Tchekhov a, pour sa part, fini par ne plus aimer que le champagne. « La vodka me dégoûte chaque jour de plus en plus, confie-t-il à un ami en 1888 ; je n’aime pas le vin rouge. Il ne me reste que le champagne… ». Seize ans plus tard, sa femme raconte les dernières heures de l’écrivain russe, dans une chambre d’hôtel, à Badenweiler. Anton Tchekhov y est au plus mal. On lui apporte alors du champagne. L’écrivain s’assoit sur son lit en murmurant : « Je meurs », avant d’ajouter, en souriant : « Il y a longtemps que je n’ai pas bu du champagne ». Il boit alors, s’allonge et s’éteint.

C’est à Cuba, à une vingtaine de kilomètres de La Havane où il avait acheté une maison baptisée la Finca Vigia, avec les droits d’auteur de Pour qui sonne le glas, qu’Ernest Hemingway était surnommé « Papa Doble ». Pourquoi ce surnom ? En raison du nom de son cocktail favori : rhum blanc, pamplemousse, citron vert et gouttes de marasquin. Hemingway aimait aussi le mojito, de manière souvent immodérée. C’était cette boisson qu’il aimait à consommer dans deux lieux de la capitale cubaine que l’écrivain américain fréquentait assidûment, El Floridita et La Bodeguita del Medio. Mais malgré ses préférences clairement affichées, il écrit, en 1953, à un ami : « Le champagne et du vraiment bon caviar sont les seules choses périssables que je connaisse qui coûtent cher et valent ce qu’elles coûtent ».

De la valeur au mythe, il n’y a qu’un pas… franchi sans hésitation par tous ceux et celles qui pensent que quand on boit du champagne, on boit plus que de l’alcool ou du vin, bien plus que ce qu’il y a dans le verre.

Et à propos de verre… Dans quoi faut-il boire le champagne ? Dans des coupes, disent les uns, croyant peut-être à l’anecdote selon laquelle ce type de verre aurait été moulé par un artisan de la Manufacture de Sèvres qui voulait respirer l’odeur de ce vin, sur l’un des seins de Marie-Antoinette. Dans des flûtes, répondent les autres, pensant que la verticalité est nécessaire à la diffusion des bulles, faisant ainsi la joie des yeux avant de faire celle du palais. Barbey d’Aurevilly était sans doute de ceux-là. Dans Le Plus Bel Amour de Don Juan, l’une de ses Diaboliques (1874), il écrivit :

« Et il leva sa coupe de champagne, qui n’était pas la coupe bête et païenne par laquelle on l’a remplacée, mais le verre élancé et svelte de nos ancêtres, qui est le vrai verre de champagne, – celui-là qu’on appelle une flûte, peut-être à cause des célestes mélodies qu’il nous verse souvent au cœur. »

Et vous, à quel clan appartenez-vous ?…

Sophie Surrullo (*)

Les citations sont inspirées de l’Anthologie du Champagne, le Champagne dans la littérature universelle, de François Bonal, Edit. Dominique Guéniot, 1990.